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Archive for January, 2010

Des miracles

January 29th, 2010

Même dans une tragédie, il y a toujours des miracles qui peuvent se produire. Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’en vivre quelques-uns.

Cristobal

Le premier moment magique que j’ai vécu a été une discussion intense et privilégiée avec un jeune homme qui travaille comme conducteur pour MSF. Nous avons passé les deux jours précédents sur la route en direction du nord-est pour évaluer les besoins médicaux des Haïtiens qui ont fui Port-au-Prince. L’exode s’est produit dans les jours qui ont suivi le séisme, avec des milliers de personnes cherchant à obtenir dans les hôpitaux des campagnes les soins que la capitale, complètement submergée, ne pouvait plus leur fournir.

Ce matin, Christobal, notre conducteur, et moi-même avons eu la possibilité de converser un peu avant de reprendre la route. Comme je le fais avec tout notre personnel, je lui ai demandé de me parler de ce qu’il avait vécu pendant le tremblement de terre. Celui-ci m’a expliqué que, malgré le fait que sa maison se soit écroulée, sa femme et ses deux jeunes fils ont survécu. Ils dorment maintenant dans la rue comme le reste de la population. Toutefois, son récit ne s’est pas terminé là.

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Isabelle

Samedi

January 25th, 2010

Les choses changent peu à peu. En effet, chaque jour quand je me rends au bureau et dans nos hôpitaux, je remarque de petits changements, comme notre stock qui grossit enfin. L’ordre se rétablit progressivement au milieu du chaos. Le programme MSF progresse lui aussi. Je parlais avec un spécialiste en santé mentale qui me disait que durant cette phase de counseling, le plus important est surtout de faire circuler l’information, c’est-à-dire s’assurer que les gens savent où se tourner pour recevoir des soins, expliquer ce qu’est un tremblement de terre, etc.

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Isabelle

Mercredi

January 21st, 2010

Ce matin, j’ai eu la peur de ma vie. J’aurais bien aimé pouvoir dormir une dizaine de minutes en plus vu que depuis une semaine, je tente de tenir le coup avec 5 heures de sommeil et je n’en peux plus.

Mais je n’ai pas eu cette chance. Installée par terre dans mon sac de couchage, je me suis sentie tanguer. Pendant une fraction de seconde, je me suis dit que c’était un petit malaise, dû à la fatigue accumulée. Mais lorsque tout s’est mis à trembler encore plus fort, le doute n’était plus permis.

Je me suis levée, me suis précipitée vers la porte, en pyjama et à la seule lueur du petit matin, j’ai dévalé les escaliers. La porte principale était fermée à clé. Je ne les avais pas sur moi mais heureusement mon collègue m’a rattrapée et a ouvert la porte. Et nous sommes sortis.

Je tremblais comme une feuille et j’étais à deux doigts de pleurer. Lui aussi. Il avait survécu au séisme de la semaine dernière et il a encore eu le courage de retourner à l’intérieur pour faire sortir deux autres de nos collègues. Mon cœur battait à tout rompre. Je comprends finalement ce qu’on ressent lorsqu’on est à ce point vulnérable, exposé aux forces de la nature.

Voilà comment j’ai démarré la journée…

Cet après-midi, j’ai passé quelques heures dans notre hôpital de terrain à Carrefour.

L’entrée ? Une épaisse bâche grise en plastique épais, attachée à deux arbres, surplombant une rue au beau milieu de la ville. Nous y avons installé une zone de triage, une zone pour panser les blessés et des « lits » d’hôpital.

Cela fait terriblement mal au cœur de voir ces centaines de blessés – adultes et enfants – qui crient tandis qu’un infirmier change leurs pansements. Certains sont grièvement brûlés, d’autres ont des plaies infectées, des bras cassés, ou encore d’importantes coupures au niveau de la tête. Quand ce n’est pas la gangrène qui s’installe.   Et je pourrais encore continuer longtemps cette énumération.

Pour entrer dans la cour de l’hôpital, on emprunte une petite porte. On pénètre alors dans la salle d’opération, en fait une série de lits installés sous un arbre et deux bâches bleues. D’un côté, ce sont les femmes qui sont en train d’accoucher ou qui ont besoin d’une césarienne, de l’autre, trois lits pour des cas plus sérieux, par exemple les amputations.

Si nos équipes opèrent à l’extérieur, c’est surtout parce que le personnel haïtien est bien trop traumatisé pour travailler à l’intérieur de l’hôpital. Sur les 5 heures où j’étais sur place, l’équipe a réussi à réaliser au moins trois amputations – dont deux chez de jeunes enfants. Les chirurgiens ont aussi retiré les tissus nécrosés au niveau de la cuisse chez une jeune femme et fait une césarienne. Et tout cela en dépit des conditions de travail très difficiles.

Notre équipe est sur les genoux. Ils ont travaillé très très longtemps dans la chaleur, dans le bruit, dans la proximité et dans le stress. Ils ne savent plus où donner de la tête. Heureusement, nous avons repéré un grand bâtiment scolaire, tout neuf et toujours intact malgré le tremblement de terre. Et il est juste dans la rue en bas de notre hôpital. Nous espérons pouvoir nous y installer dans les prochains jours.

Seule lueur d’espoir au beau milieu des souffrances physiques et des traumatismes : la naissance de bébés en bonne santé. Huit nouveau-nés ont vue le jour aujourd’hui. Nous les avons installés sous la bâche bleue de notre hôpital. Nous espérons tous que ces bébés nous apportent un nouveau souffle d’espoir et de vie dans ce pays dévasté.

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Lundi soir

January 20th, 2010

Hier, j’ai visité l’hôpital de la Trinité. Un petit bébé, de 18 mois environ, était couché sur le côté, dans son lit : son bras droit avait été amputé et était recouvert de bandages. L’aide-soignant m’a raconté ce qui lui était arrivé, une histoire triste et miraculeuse à la fois. La petite était hospitalisée à la Trinité quand la terre a tremblé, détruisant en partie l’hôpital.

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Isabelle

Dimanche matin

January 19th, 2010

La situation est toujours critique. Peu d’organisations humanitaires sont opérationnelles sur le terrain et des centaines de corps sont toujours prisonniers sous les bâtiments écroulés. Dans toute la ville, je n’ai vu que 4 ou 5 camions et grues qui tentaient de déblayer les décombres pour dégager les victimes !!!

L’odeur de la mort est omniprésente dans certains quartiers où la chaleur ne fait qu’accélérer la putréfaction. Une odeur nauséabonde aussi sur les sites où se rassemblent spontanément les déplacés, car il n’y a pas d’égouts, pas de douches et pas de latrines non plus.

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Isabelle