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	<title> &#187; Isabelle</title>
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		<title>Au revoir Haïti</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 14:38:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a trois semaines que le séisme a dévasté Haïti et il est temps pour Isabelle Jeanson, Conseillère en communication sur le terrain pour MSF, de partir. Triste de quitter tous les patients qu’elle a rencontrés, Isabelle est émue de voir la dignité et la solidarité dont les Haïtiens ont fait preuve face au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Il y a trois semaines que le séisme a dévasté Haïti et il est temps pour Isabelle Jeanson, Conseillère en communication sur le terrain pour MSF, de partir. Triste de quitter tous les patients qu’elle a rencontrés, Isabelle est émue de voir la dignité et la solidarité dont les Haïtiens ont fait preuve face au désastre. Elle est cependant soulagée de savoir que même si sa mission en Haïti s’achève, les équipes médicales de MSF continuent à fournir les soins médicaux indispensables.</em></p>
<p><em>Je redoutais ce jour parce qu’il n’est jamais facile de dire au revoir. Une telle affection et un tel respect ont grandi en moi pour ces Haïtiens qui font preuve de tant de dignité face à cette adversité paralysante.</em></p>
<p>Dans une semaine exactement, c’est dans le confort de mon bureau que je songerai avec inquiétude aux personnes que j’ai rencontrées ici et qui m’ont profondément marquées. Je penserai à ma petite Gabrielle qui se bat pour survivre. Mes pensées iront aussi à la ravissante Synthia qui, du haut de ses 19 ans, est couchée sur un lit d’hôpital, une blessure à la jambe et lutte contre la fièvre. Elle a donné naissance à un bébé le 4 janvier. Sa petite fille est morte quelques jours après le séisme parce que, comme elle le raconte, il faisait trop froid dans la rue pour dormir.</p>
<p>Je n’oublierai pas non plus Ste-Amise et son bébé de quatre mois. Elle aussi attend sur son lit d’hôpital, la jambe immobilisée dans un appareil de contention, alors que ses quatre autres enfants dorment juste sous un drap, dans la rue. Moi, j’ai la possibilité de quitter Haïti, mais les patients que j’ai rencontrés continueront de se réveiller tous les matins à la vue d’une réalité sinistre.</p>
<p>Nos équipes étendent les programmes médicaux. Nous avons désormais plusieurs sites à Port-au-Prince, Léogâne et Jacmel où nous offrons non seulement des soins chirurgicaux pour les blessés mais également de la rééducation, bientôt des greffes de peau, de l’alimentation thérapeutique pour les enfants malnutris, des soins obstétriques, du counselling et des soins à long terme à des centaines de patients. Les blessures physiques finiront par guérir, mais celles de l’âme nécessiteront aussi des soins spéciaux.</p>
<p>Beaucoup me disent qu’ils ne veulent pas penser à ce qu’il s’est passé, de peur de revivre la terreur. J’ai parlé à Élizabeth aujourd’hui, une patiente qui a été très gravement blessée mais qui fait aussi une dépression. Elle était silencieuse et renfermée et se mettait parfois à pleurer. Le poids de sa situation, la perte des quelques biens qu’elle possédait, y compris sa maison, est plus qu’elle ne peut supporter. Qu’est-ce qui l’attend? Où vivra-t-elle?</p>
<p>Je ne ressens que trop les limites de l’aide que je peux apporter. Une fois que la guérison physique s’amorcera, les gens auront besoin de travail et de logement pour vivre en sécurité.</p>
<p>L’évaluation que nous avons conduite la semaine dernière nous a permis de conclure qu’il y avait de l’espoir pour ceux qui avaient quitté Port-au-Prince. La solidarité dans les petites villes nous a impressionnés. Des soins gratuits sont offerts aux survivants du séisme en République dominicaine et en Haïti. Des médecins se portent volontaires et les maires des villes ont mis en place un service de bus pour venir chercher les personnes à Port-au-Prince et les ramener dans leur ville d’origine.</p>
<p>En fait, la plus belle chose que j’ai pu observer lors de ce désastre est la solidarité entre les gens. Les Haïtiens s’offraient une aide mutuelle, risquaient leur vie pour sortir des décombres des amis et même des inconnus, partageaient leur peu de nourriture. Ils offraient le gîte à des dizaines de sans-abri dans leur maison en zone rurale et se surveillaient les uns les autres lorsqu’ils dormaient dehors dans les rues de Port-au-Prince.</p>
<p>L’espoir naît aussi de la présence de dizaines d’organisations qui veulent les aider le plus possible. Les maires des villes ont engagé des centaines de personnes pour balayer les débris dans les rues et ramener ainsi un semblant d’ordre et de propreté. Certaines personnes installent de petits stands pour vendre des denrées alimentaires dans les camps de sans-abri tout autour de la ville. La vie doit continuer.</p>
<p>Mon dernier souhait serait que, lorsque les médias auront posé leurs caméras, nous, les chanceux, continuions à penser à Élizabeth, Synthia, Ste-Amise et Gabrielle. Parce qu’elles n’auront d’autres choix que de continuer à porter le poids du désastre. La seule chose qui rend mon départ moins pénible est de savoir qu’au moins, nos équipes continueront de fournir des soins médicaux aussi longtemps que les gens en auront besoin.</p>
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		<title>Des miracles</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2010 08:14:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Même dans une tragédie, il y a toujours des miracles qui peuvent se produire. Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’en vivre quelques-uns.
Le premier moment magique que j’ai vécu a été une discussion intense et privilégiée avec un jeune homme qui travaille comme conducteur pour MSF. Nous avons passé les deux jours précédents sur la route [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Même dans une tragédie, il y a toujours des miracles qui peuvent se produire. Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’en vivre quelques-uns.</p>
<div id="attachment_30" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.azg.be/blog/urgence_haiti/wp-content/uploads/2010/01/Christobal.jpg"><img class="size-medium wp-image-30" style="border: 1px solid black; margin: 5px 2px;" title="Christobal" src="http://www.azg.be/blog/urgence_haiti/wp-content/uploads/2010/01/Christobal-300x264.jpg" alt="" width="300" height="264" /></a><p class="wp-caption-text">Cristobal</p></div>
<p>Le premier moment magique que j’ai vécu a été une discussion intense et privilégiée avec un jeune homme qui travaille comme conducteur pour MSF. Nous avons passé les deux jours précédents sur la route en direction du nord-est pour évaluer les besoins médicaux des Haïtiens qui ont fui Port-au-Prince. L’exode s’est produit dans les jours qui ont suivi le séisme, avec des milliers de personnes cherchant à obtenir dans les hôpitaux des campagnes les soins que la capitale, complètement submergée, ne pouvait plus leur fournir.</p>
<p>Ce matin, Christobal, notre conducteur, et moi-même avons eu la possibilité de converser un peu avant de reprendre la route. Comme je le fais avec tout notre personnel, je lui ai demandé de me parler de ce qu’il avait vécu pendant le tremblement de terre. Celui-ci m’a expliqué que, malgré le fait que sa maison se soit écroulée, sa femme et ses deux jeunes fils ont survécu. Ils dorment maintenant dans la rue comme le reste de la population. Toutefois, son récit ne s’est pas terminé là.</p>
<p><span id="more-28"></span>Au lendemain du tremblement de terre, en arrivant au bureau de MSF, il a appris qu’une de nos expatriés (personnel international) avait été enterrée vivante sous les décombres de la maison dans laquelle elle vivait. Un des collègues de Christobal avait entendu ses cris étouffés provenant du sous-sol de la maison où elle était ensevelie sous les deux étages de la maison qui s’étaient affaissés au-dessus d’elle.</p>
<p>Christobal, aidé de trois autres collègues, ont réussi à convaincre leur chef de mission de les laisser creuser à mains nues pour la dégager de la maison. L’autre possibilité était d’attendre que les équipes de déblayement équipées d’un camion et d’une grue arrivent, ce qui n’aurait pas lieu vraisemblablement avant 48 heures, dans le meilleur des cas, voire plusieurs jours après. Ils ne pouvaient se résoudre à attendre aussi longtemps sans rien faire alors qu’ils pouvaient retrousser leurs manches et faire leur possible pour la sortir de là.</p>
<p>En déplaçant les morceaux de béton, ils couraient toutefois le risque de déstabiliser encore davantage la structure et de périr eux-mêmes sous les gravats. Mais le temps était compté. Ainsi, le 13 janvier, à 11 heures, c’est-à-dire 15 heures après le désastre, ils ont commencé à enlever un par un les morceaux de béton, les barres de métal tordues et les débris.</p>
<p>Ils ont créé un tunnel suffisamment large pour permettre à une personne de ramper sur le ventre et de progresser dans le passage centimètre par centimètre. À un moment donné, alors qu’un des collègues se trouvait dans le tunnel, une secousse s’est fait sentir, faisait frémir le bâtiment tout entier, mais sans rien déplacer fort heureusement.</p>
<p>Après cinq heures d’efforts, ils ont fini par rejoindre l’expatriée et à la sortir lentement. Ce n’est qu’avec quelques coupures et contusions que cette dernière est ressortie de son refuge, heureusement sans aucune fracture. On peut dire que c’est un vrai miracle qu’elle ait survécu. On ne peut que ressentir de l’humilité devant le courage de Christobal et de ses collègues qui ont risqué leur vie pour la secourir.</p>
<p>Ni lui ni ses confrères n’ont réfléchi à deux fois lorsqu’ils ont décidé de mettre leur vie en danger pour la sauver. Je ne sais pas si j’aurai eu le courage de faire de même. Pour reprendre ses paroles de ce matin : « Il ne faut pas penser à demain, il n’y a qu’aujourd’hui qui compte, et vivre le présent, car on ne sait pas de quoi demain sera fait. »</p>
<p>Le deuxième miracle s’est produit plus tard dans la matinée. Je visitais avec mes collègues les différents services de l’hôpital Dajabon en République dominicaine, près de la frontière haïtienne, à environ 10 heures de route de Port-au-Prince. Nous faisions une évaluation des besoins des patients qui s’étaient rendus en République dominicaine après le tremblement de terre.</p>
<p>Lorsque nous sommes arrivés au service des soins postopératoires, une jeune patiente m’a fait signe de m’approcher. Lorsque je suis arrivée à son chevet, elle m’a murmuré quelque chose en espagnol, mais j’ai vite compris qu’elle était Haïtienne. « Je suis infirmière, m’a-t-elle dit. Je travaillais pour MSF à Port-au-Prince lorsque le tremblement de terre est arrivé. »</p>
<p>« Vous travailliez à la maternité? », lui ai-je demandé. « Oui, j’ai été blessée pendant le séisme, mais ma famille m’a trouvée et emmenée ici à Dajabon. » Le même jour, dans la matinée, MSF avait eu un moment de silence en souvenir des membres du personnel disparus et ceux dont nous étions sans nouvelles après que le tremblement de terre détruise nos hôpitaux. Quelle était la probabilité de retrouver en République dominicaine un de nos membres disparus? Ce fut un réel bonheur pour moi de faire partie de la chaîne qui permit de reconnecter un maillon manquant. Et aussi d’être le témoin d’un autre petit miracle.</p>
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		<title>Samedi</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jan 2010 07:44:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les choses changent peu à peu. En effet, chaque jour quand je me rends au bureau et dans nos hôpitaux, je remarque de petits changements, comme notre stock qui grossit enfin. L’ordre se rétablit progressivement au milieu du chaos. Le programme MSF progresse lui aussi. Je parlais avec un spécialiste en santé mentale qui me [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les choses changent peu à peu. En effet, chaque jour quand je me rends au bureau et dans nos hôpitaux, je remarque de petits changements, comme notre stock qui grossit enfin. L’ordre se rétablit progressivement au milieu du chaos. Le programme MSF progresse lui aussi. Je parlais avec un spécialiste en santé mentale qui me disait que durant cette phase de counseling, le plus important est surtout de faire circuler l’information, c’est-à-dire s’assurer que les gens savent où se tourner pour recevoir des soins, expliquer ce qu’est un tremblement de terre, etc.</p>
<p><span id="more-20"></span>Ce n’est que lorsque les gens seront prêts qu’ils pourront commencer à parler de ce qu’ils ont vécu. La plupart n’ont pas encore totalement réalisé toute l’ampleur de ce qu’il vient de se produire. Ce n’est peut-être que dans quelques jours, ou dans quelques semaines qu’ils réaliseront pleinement qu’ils ont perdu leur maison, des membres de leur famille, leurs biens, leur travail ou bien tout ce qui constituait leur vie d’avant.</p>
<p>Une nouvelle phase s’amorce aussi du point de vue médical. Il s’agit d’une phase critique où les blessés qui n’ont pas reçu les soins appropriés risquent de développer des septicémies et où ceux qui ont été soignés doivent maintenant avoir leurs pansements et leurs bandages changés régulièrement. Les équipes continuent de s’efforcer de prendre en charge le plus de patients possible, à sauver ce qu’ils peuvent sur les nombreux corps mutilés. La décision d’amputer un membre n’est jamais aisée. Nos médecins préfèrent sauver les membres d’un patient et font tout ce qu’ils peuvent pour cela.</p>
<p>Toutefois, les tissus gangrénés mettent la vie du patient en danger car l’infection se propage dans le reste du corps. Les amputations peuvent être un choc pour nos patients. Mais la décision, aussi difficile soit-elle, est toujours prise dans l’optique de sauver la vie du patient. Une femme médecin m’a dit hier que malgré le fait qu’elle avait dû amputer le pied d’un jeune garçon, celui-ci est ensuite venu la voir pour la remercier de l&#8217;avoir aidé.</p>
<p>Heureusement, de plus en plus d’organisations démarrent des activités, la plupart dans la région sud-ouest d’Haïti, près de l’épicentre. Ceci peut engendrer une certaine confusion dans la distribution de l’aide, par exemple lorsque deux ou trois hôpitaux sont installés dans la même petite communauté. Après tout, si les gens peuvent recevoir les soins immédiats dont ils ont besoin, c’est tout ce qui importe.</p>
<div id="attachment_25" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.azg.be/blog/urgence_haiti/wp-content/uploads/2010/01/interior-of-St-Louis.jpg"><img class="size-medium wp-image-25" title="interior of St Louis" src="http://www.azg.be/blog/urgence_haiti/wp-content/uploads/2010/01/interior-of-St-Louis-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">© Isabelle Jeanson</p></div>
<p>J’ai découvert une structure fantastique aujourd’hui : l’hôpital gonflable MSF, situé dans un terrain de football derrière une école de Port-au-Prince. C’est une structure idéale, en particulier dans un contexte où les gens sont terrorisés de travailler dans des bâtiments. Elle comporte une pharmacie, deux salles d’opération, un département de consultations internes et externes et bien d’autres services. L’hôpital est tellement neuf qu’il sent comme un canot pneumatique ou un bateau gonflable.</p>
<p>Dans cet hôpital de 100 lits, nous serons en mesure de prendre en charge plus de patients et plus rapidement, sans avoir peur que les murs ou le toit ne tombent sur nos patients. Notre personnel national a aussi commencé à revenir au travail. Eux aussi se sentiront plus en sécurité dans une telle structure, en particulier après avoir vécu une expérience telle que celle de voir l’hôpital de la Trinité s’écrouler sur leur tête.</p>
<p>Aujourd’hui j&#8217;ai revu notre bébé miraculé dont le bras a été amputé et que j’avais vu il y a quelques jours à l&#8217;hôpital. Le médecin l’a appelée Gabrielle, comme sa propre fille, parce que nous ne connaissons pas son nom. Il s&#8217;avère que ses parents ont été tués dans le tremblement de terre, et aucun membre de sa famille n&#8217;est venu la chercher.</p>
<p>Elle n’a pas seulement perdu un bras, mais elle a aussi subi un grave traumatisme à la tête pendant le séisme, et a donc dû recevoir une chirurgie crânienne. Je suis très triste d&#8217;apprendre dans la soirée de la bouche du médecin qu&#8217;elle a développé de la fièvre. Ce n’est pas bon signe pour un petit bébé qui a de telles blessures. Je veux qu’elle survive, elle est déjà parvenue à le faire jusqu’à maintenant. Dans quelques mois, lorsqu’elle aura passé la phase la plus critique, l&#8217;équipe cherchera une organisation pour s&#8217;occuper d&#8217;elle.</p>
<p>Les secousses continuent de se faire sentir. Après la grosse frayeur que nous avons eue mardi, trois autres, plus petites, ce sont produites. Juste pour être sûre que je ne suis pas victime d’hallucinations, je garde une bouteille d&#8217;eau à moitié pleine sur le bureau à côté de moi. Si l’eau bouge dans la bouteille, je sais que c&#8217;est une secousse et non mon imagination.</p>
<p>Ce soir, il y avait un grand incendie qui brûlait dans la partie centrale de la ville. Des rumeurs circulent selon lesquelles des gens pillent et mettent le feu à des bâtiments. Les gens demandent du travail et ont faim. Le Programme alimentaire mondial distribuait de la nourriture près de notre hôpital. Il devait y avoir au moins des centaines de personnes à se presser les unes contre les autres, courant après le camion lorsqu&#8217;il a tenté de reprendre la route.</p>
<p>Des panneaux de fortune, écrits en lettres peintes sur des draps, emplissent les rues avec des messages comme « SOS », ou « Nous avons besoin d’eau et de nourriture ». Tout le monde dort encore dehors et se lave dans la rue, dans les parcs, là où les gens trouvent un endroit dans lequel ils se sentent à l’aise. Le traumatisme lié au tremblement de terre est profond. Les gens n’en parlent pas forcément, mais leur comportement le démontre bien plus que leurs mots.</p>
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		<title>Lundi soir</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 12:49:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Hier, j’ai visité l’hôpital de la Trinité. Un petit bébé, de 18 mois environ, était couché sur le côté, dans son lit : son bras droit avait été amputé et était recouvert de bandages. L’aide-soignant m’a raconté ce qui lui était arrivé, une histoire triste et miraculeuse à la fois. La petite était hospitalisée à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Hier, j’ai visité l’hôpital de la Trinité. Un petit bébé, de 18 mois environ, était couché sur le côté, dans son lit : son bras droit avait été amputé et était recouvert de bandages. L’aide-soignant m’a raconté ce qui lui était arrivé, une histoire triste et miraculeuse à la fois. La petite était hospitalisée à la Trinité quand la terre a tremblé, détruisant en partie l’hôpital.</p>
<p><span id="more-12"></span>Ce bout de chou a survécu alors que les murs et le sol en béton s&#8217;étaient effondrés et elle a pu être sauvée des décombres. Nous ne savons pas où est sa mère et la petite n’a probablement plus de famille.</p>
<p>Quelques personnes vendent à présent de la nourriture sur des marchés de fortune. Le trafic reprend dans les rues et on entend à présent régulièrement le bruit des hélicoptères qui survolent la ville. Les organisations humanitaires sont de plus en plus visibles. Des camions et quelques grues sont à pied d&#8217;œuvre dans la ville. Nul ne sait cependant combien de temps il leur faudra pour sortir des décombres les nombreuses personnes disparues.</p>
<p>Sur une civière, j&#8217;ai aperçu un homme blessé par balle. Deux médecins sont immédiatement intervenus, vérifiant dans un premier temps s&#8217;il était conscient et ensuite, s&#8217;il sentait encore ses bras et ses jambes.</p>
<p>Même si la balle a transpercé son cou, les médecins ont estimé qu&#8217;il était «opérable», c&#8217;est-à-dire que l&#8217;équipe pourrait vraisemblablement lui sauver la vie malgré la précarité de la salle d’opération (dans ce cas-ci un conteneur). On ne sait pas ce qui lui est arrivé exactement.</p>
<p>Lorsqu’ils quitteront l’hôpital, la vie de ces patients sera tout à fait différente. Beaucoup auront été amputés – c’est malheureusement la seule solution qu’il nous reste tant les membres ont été écrasés et réduits en bouillie.</p>
<p>Un collègue, dont c’est la quatrième mission, m’a fait part de son étonnement et de son admiration. Il ne savait pas que MSF avait les capacités nécessaires pour organiser les ressources humaines, la logistique et l&#8217;encadrement nécessaires dans ce type d&#8217;urgence.</p>
<p>Mais le plus étonnant pourtant, c’est qu’ici, tout le monde, même notre personnel haïtien, n&#8217;a qu&#8217;un seul et même objectif ces jours-ci: sauver un maximum de vies.</p>
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		<title>Dimanche matin</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Jan 2010 10:27:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Isabelle]]></category>

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		<description><![CDATA[La situation est toujours critique. Peu d’organisations humanitaires sont opérationnelles sur le terrain et des centaines de corps sont toujours prisonniers sous les bâtiments écroulés. Dans toute la ville, je n&#8217;ai vu que 4 ou 5 camions et grues qui tentaient de déblayer les décombres pour dégager les victimes !!!
L&#8217;odeur de la mort est omniprésente [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La situation est toujours critique. Peu d’organisations humanitaires sont opérationnelles sur le terrain et des centaines de corps sont toujours prisonniers sous les bâtiments écroulés. Dans toute la ville, je n&#8217;ai vu que 4 ou 5 camions et grues qui tentaient de déblayer les décombres pour dégager les victimes !!!</p>
<p>L&#8217;odeur de la mort est omniprésente dans certains quartiers où la chaleur ne fait qu’accélérer la putréfaction. Une odeur nauséabonde aussi sur les sites où se rassemblent spontanément les déplacés, car il n’y a pas d’égouts, pas de douches et pas de latrines non plus.</p>
<p><span id="more-3"></span>Les survivants s’entassent par centaines dans les endroits découverts de la ville. La nuit, nous devons veiller à ne pas marcher sur les gens qui dorment sur la route. J’ai même rencontré quelqu’un qui s’était installé au beau milieu d&#8217;un carrefour pour dormir. Histoire d&#8217;éviter d&#8217;être blessé par la chute d&#8217;un immeuble en cas de réplique.</p>
<p>Hier, nous avons justement ressenti deux nouvelles répliques. Alors que l’équipe médicale s’apprêtait à travailler dans la salle d’opération de Carrefour, le personnel local qui travaillait déjà a ressenti la première secousse. Et lorsque la deuxième secousse s&#8217;est produite, les infirmiers se sont enfuis, abandonnant tout sur place !!</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 370px"><img style="margin: 7px;" title="Julie Rémy / MSF" src="http://www.msf.be/share/haiti_1.jpg" alt="Julie Rémy / MSF" width="360" height="240" /><p class="wp-caption-text">© Julie Rémy / MSF</p></div>
<p>Ici, les gens sont vraiment à cran, ils n’osent plus dormir à l’intérieur. Je ne suis moi-même pas très rassurée, alors que je n’ai pas ressenti le séisme (nous dormons dans une tente trigano, dans la cour d’un hôtel… il n’y a en effet pas assez de place pour accueillir tous les expats dans le bureau de MSF).</p>
<p>Hier, samedi, nous avons réalisé plusieurs interventions chirurgicales – 24 heures seulement après avoir installé notre salle d&#8217;opération !!!  Un exploit lorsqu’on sait que l’équipe a rejoint Carrefour le vendredi après-midi, pour commencer l’installation, et cela seulement 2 heures après que le chef de mission, un infirmier et moi-même ayons visité l’hôpital vide le vendredi matin pour une évaluation.</p>
<p>J’ai le plus grand respect pour le travail et la rapidité avec lesquels nos équipes ont réussi à installer cette nouvelle salle d&#8217;opération, parfaitement opérationnelle, en moins de 24 heures !!</p>
<p>En rentrant d’une évaluation effectuée à Legoâne (à environ une heure de Port-au-Prince), alors que nous nous trouvions sur la route du retour, samedi, vers 18 heures (il faisait déjà noir), nous avons rencontré des points de passage organisés par des civils.</p>
<p>Des habitants étaient en train de grimper dans un pick-up qui transportait des cadavres.  La colère était montée car le chauffeur s’apprêtait à déverser les cadavres dans leur ville. D&#8217;où l’initiative des habitants d’installer plusieurs points de contrôle sur la route menant à Port-au-Prince, environ à 10km. Je comprends la colère de ces habitants. Si des cadavres étaient déversés dans ma ville, j&#8217;éprouverais les mêmes sentiments !</p>
<p>Nous avons pu franchir les points de contrôle sans le moindre problème et les habitants nous ont même témoigné leur respect.  L&#8217;air est aussi empli de fumée à cause de petits incendies qui ont pris dans les rues. De bâtiments effondrés, du  béton, des fils métalliques et des débris, tel est le spectacle désolant de Port-au-Prince.</p>
<p>À Petionville, là où nous sommes basés, les rassemblements de populations ne sont pas trop importants, même si dans la rue qui monte vers notre autre base, on aperçoit des gens qui dorment dans la rue, bloquant ainsi l’accès. La nuit dernière, nous avons à nouveau senti cette odeur épouvantable de mort, car les fenêtres de la maison restent ouvertes. Pour l’équipe, le stress est terrible car ses capacités chirurgicales sont extrêmement limitées. Je me suis entretenue hier avec un chirurgien. Il m’a dit sa frustration et son stress d’avoir examiné 5 patients dont l’état nécessitait une opération en urgence !  Mais sans salle d’opération appropriée, il ne peut rien faire pour eux.</p>
<p>Nous avons besoin de plus de salles disponibles pour opérer. D’où l’importance de nous donner les moyens de travailler en laissant atterrir nos avions, comme pour l’hôpital gonflable qui, après a été retardé de plus d’un jour parce que l’avion ne pouvait pas atterrir.</p>
<p>La situation est vraiment en train de s&#8217;aggraver. Les survivants dont la situation n&#8217;était pas critique il y a 3 jours seulement, sont à présent en danger. En d’autres termes, des patients vont mourir d&#8217;infections évitables. C&#8217;est atroce. Atroce de voir ces gens qui implorent une aide alors que nous ne sommes pas en mesure de tous les aider et de leur sauver la vie !</p>
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