Ce blog a déménagé!

septembre 25th, 2009 by sarah

Ce blog a déménagé à l’adresse suivante

www.msf.be/blogueurs

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Dehors les réfugiés!

mars 22nd, 2009 by sarah

Bien que nous ne soyons pas directement touchés par les décisions de Khartoum ni victimes des mêmes traitements que nos malheureux collègues du Nord Darfour, la vigilance reste plus que jamais de mise et la tension est palpable.

Depuis quelques semaines déjà, des “redéfinitions” du territoire urbain sont mises en œuvre et cela favorise de plus en plus les tensions au sein de la population, contre le gouvernement mais aussi contre les ONG qui pour l’ instant ne peuvent rien faire.

Comme je vous l’ai raconté dans mon premier blog depuis le Sud Soudan, Juba est une agglomération de petits villages. C’est une ville qui s’ est reconstruite au rythme des arrivées des familles de réfugiés qui revenaient des camps installés dans les pays voisins où ils avaient fuit pendant les années de guerre.

Petit a petit des tukuls ou des baraques en tôle pour les plus démunis, ont poussés tels des champignons sauvages dans le centre et déjà la périphérie de la ville. Cela ne correspond pas vraiment au statut de capitale du Sud Soudan et il faut donc y remédier à la manière forte.

Sûrement aussi que la perspective du prochain référendum sur l’indépendance du Sud aura eu un impact sur la décision des autorités municipales de vouloir redessiner le paysage urbain et donc de détruire toutes les habitations dites illégales pour pouvoir construire de grandes artères goudronnées et redonner leur terres aux propriétaires qui pourront ensuite construire des maisons en briques et ciment, dignes d’ une capitale.

Si en Europe une famille menacée d’expulsion ne déménage pas, pourquoi en serait-il différemment pour une famille sud-soudanaise? Le problème est que les conséquences ne sont pas les mêmes pour les familles ici. Pas d’ association du droit au logement, pas de plan de relogement prévu donc pas de négociations possibles. La seule alternative proposée est un terrain loin en dehors de la ville, sans habitations, qui ne convient pas à leur vie et à leurs exigences de trouver un travail tous les jours pour nourrir la famille.

On assiste alors aux scènes trop connues des campement de familles entières installées sous des paraboles en attendant une meilleure solution qui ne semble pas venir. “On les avait prévenus il y a six mois et ils n’ ont rien fait.” Voilà la seule justification. Que pouvaient-ils faire? Dans ce drame, même mon petit artiste a vu sa baraque colorée réduite en tas de ferraille et donc sa seule source de revenus réduite à néant.

Aujourd’hui, 22 mars,  c’est la journée mondiale de l’ eau et il a plus toute la journée. Même si on pourrait croire que le hasard fait bien les choses en regardant la pluie tomber mes pensées étaient avec ces familles qui se retrouvent sans toit.

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Un bouchon qui pèse lourd

mars 20th, 2009 by sarah

Bonjour à tous et désolée pour le retard avec lequel je viens vous donner des nouvelles de Juba. Mais s’il y a plus de quinze jours que je n’ai pas écrit, c’ est que les choses changent à toute allure et que le projet choléra commence à prendre joliment forme. C’est aussi par manque de temps parce que pour l’ instant, j’ ai deux casquettes, celle de coordinatrice du projet et celle de responsable de promotion de la santé. C’est une expérience très enrichissante mais qui évidemment demande une implication maximale.

Petit compte rendu de la situation:

Après une phase de première intervention pour répondre à  l’urgence due à l’ afflux de réfugiés congolais à Yei, et des travaux de forage et de réhabilitation à Pibor, l’autre objectif de MSF au Sud Soudan; l’ équipe watsan est rentrée. Maintenant nos spécialistes de l’ eau et des forages sont présents et totalement impliqués dans la mise en place des activités de réhabilitation des pompes à  main dans les zones de Juba où nous intervenons. Les constats jusqu’à présents ne sont malheureusement pas que positifs. Juba est une zone aux sous-sols durs et certains endroits sont vraiment arides. Ils ont un faible débit ou produisent uniquement de l’ eau salée. Mais ce n’ est pas le cas de toute la ville et certains forage ont déjà pu être remis en état.

Les promoteurs d’ hygiène ont travaillé d’arrache pied et leurs efforts commencent peu a peu à payer. Certains comités de l’ eau se sont mobilisés pour construire une barrière autour de leur pompe. D’autres ont formé un groupe de théâtre pour promouvoir les bonnes pratiques d’ hygiène. Ce sont des petites avancées mais elles restent sont considérables pour Juba et ne peuvent que nous encourager à nous investir davantage.

D’ailleurs, toute la semaine prochaine, autour des pompes réhabilitées ou forées par MSF, nous mèneront des activités ludiques et éducatives autour de la prévention et de la promotion de l’ hygiène. Pour cela , nos scenarii de prévention sont écrits, nous avons trouvé une troupe de théâtre et même un petit artiste pour faire des dessins de promotion de l’hygiène. Nous sommes prêts pour le lancement officiel du projet.

Pour essayer de comprendre mieux les pratiques d’hygiène et les habitudes face au choléra, nous enquêtons dans la communauté et une étrange pratique a piqué ma curiosité. Les femmes qui vont à la pompe chercher de l’ eau, ne ferment pas leur jerrycans avec le bouchon. Elles les transportent à la main, sur la tête ou dans une brouette. Lorsque je leur demande pourquoi, elles me regardent et rigolent. “C’est beaucoup plus lourd avec le bouchon!”, me disent-elles. Après mille démonstrations pratiques, je n’ ai pas réussi à les convaincre que le bouchon ne change rien au poids du jerrycan et que le mettre évite que la saleté rentre dans le bidon lors du transport.

En ouvrant ce projet, MSF veut essayer de mettre en pratique le vieux dicton: “Mieux vaut prévenir que guérir” et donc de ne pas seulement intervenir durant l’épidémie de choléra mais de la prévenir, voire de l’endiguer.

Alors pour l’instant je ne dis plus rien à propos des bouchons de jerrycans et j’écoute patiemment les explications sur le poids du bidon qui change selon qu’on le porte horizontalement ou verticalement sur la tête et que les bouchons en plastique pèsent lourd. Abandonner ses certitudes et changer ses pratiques demande de la confiance, du temps et de la patience.

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Prise de contact

mars 4th, 2009 by sarah

Me voici ici depuis presque quinze jours et même s’il me reste encore beaucoup à découvrir j’ai enfin explore Juba.

C’est une énorme ville faite de pleins de petits villages. La ville est divisée en Payâmes, qui eux sont divisés en 3 Bomas chacun, qui eux sont composés d’environ 3 villages. La structure traditionnelle est reproduite mais cela n’est qu’apparence. Tout le sentiment d’appartenance et de responsabilité envers la communauté a presque disparu.

Chochoa, un des 5 promoteurs d’hygiène, l’a dit avec une pointe de tristesse dans la voix. Il m’expliquait comment au Darfour, malgré les conditions difficiles tout le monde se sentait concerner. Tout le monde venait aux réunions, même la grand-mère de 70 ans qui avait du mal à se déplacer. Chacun prenait sur son temps personnel pour le bien commun. Ici il est très difficile de mobiliser la communauté.

Cela pose de gros problèmes car le projet repose sur une forte implication de la communauté dans laquelle nous réhabilitons les pompes à eau.

On demande à chaque communauté de créer un comité de l’eau qui devra s’occuper de le pompe une fois qu’elle sera remise en fonction. Les gens devraient s’organiser pour collecter une petite somme d’argent qui permettra de construire une barrière, entretenir les alentours de la pompe et faire des réparations si nécessaire. Cette autogestion semble simple si chacun voit le point d’eau comme essentiel à son quotidien mais ce n’est pas le cas. Non pas qu’il n’y ait pas l’eau courante dans toutes les habitations, loin de là. Les membres du comité sont élus et  sont souvent des hommes importants dans la communauté, ils doivent travailler ou chercher un travail et la gestion de la pompe à eau n’est pas leur priorité. Les femmes, elles, doivent s’occuper de leur famille, la nourrir, la laver, tenir la maison et avoir de l’eau potable à 20 mètres ou de l’eau non potable à 2 km de chez elle, avoir un enfant souffrant de diarrhée ou devoir payer pour le transport de l’eau fait une grande différence dans leur quotidien. Mais la société n’est pas encore prête à leur donner  toutes les responsabilités de cette autogestion.

Nous, dans ce milieu ou les populations vivent des aides d’ONG depuis des années, où le partage et le bien commun sont des valeurs presque oubliées, on va essayer de faire en sorte que les plus vulnérables ait accès à de l’eau potable, même après notre départ et que le choléra ne fasse pas de ravages. Comme je vous le disais, un beau défi en perspective.

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Après le nord, le sud

février 25th, 2009 by sarah

Je vous avais laissé au Nord Soudan, plus exactement au Darfour à Kebkabyia. Me voici maintenant au Sud Soudan, à Juba et pour y arriver j’ai fait un rapide détour par la Sierra Leone.

Depuis mon dernier post, pas mal de temps s’est écoulé. Je suis donc partie pour la Sierra Leone, en janvier pour la campagne de vaccination en urgence contre la fièvre jaune. Un énorme défi à relever car il y avait plus de 220 000 personnes à vacciner en 5 jours. Outre a une chaîne du froid parfaite et toute une logistique bien huilée,  il faut une promotion de la santé rapide et efficace. Et oui, même avec les meilleurs vaccinateurs, les plus beaux sites de vaccination, si personne ne se présente pour être vacciner, la campagne sera un échec. Un beau défi à relever qui d’ailleurs, grâce à une super coordination a rencontré toutes les attentes.
Ici à Juba, il ne s’agit pas d’une urgence, enfin pas encore mais d’un autre challenge de taille.

MSF Belgique a décide de mettre sur pied un projet de prévention choléra pour parer ou tout du moins répondre au plus vite à  l’épidémie annuelle de choléra.
En effet depuis 2006, au sortir de la saison sèche, la capitale du Sud Soudan connaît une épidémie de choléra qui, même si les chiffres ne sont heureusement en rien comparables à ceux du Zimbabwe, fait des ravages surtout parmi les populations les plus vulnérables.

Apres l’annonce du départ de la section espagnole qui était responsable de la gestion de cette urgence, MSF B a décidé de reprendre les activités liées a l’épidémie de Choléra mais en changeant les modalités d’intervention. Au lieu d’agir au moment ou les premiers cas se déclarent et gérer la crise, l’objectif est de la prévenir et  d’avoir un impact a plus long terme sur le comportement des gens. Pour cela il va falloir mettre en place un réseau de promotion de la santé mais aussi en garantir à la population un accès a de l’eau non contaminée.
En parallèle de la préparation a l’urgence,  nous allons, entre autre, réhabiliter 40 pompes a eau et  sur base du volontariat, créer des comites de l’eau responsable des pompes mais aussi des relais de promotion de la santé au sein de la communauté pour que la population soit actrice de cette réussite et plus simple bénéficiaire.
Voici un tout nouveau challenge à relever dans un contexte souvent boudé par les expatriés parce que trop dangereux ou rude. Je n’ai pas encore eu le temps d’explorer Juba mais l’accueil reçu a été aussi chaleureux qu’au nord.

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Situation géopolitique complexe

septembre 25th, 2008 by sarah

Il ne me reste que quelques jours avant de quitter le Darfour et en relisant les postes envoyés depuis janvier, je me suis rendue compte que je ne vous ai pas donné une vision complète de ce qu’est une mission ici.

Je nourris un grand intérêt pour les situations géopolitiques complexes, c’est pourquoi j’ai accepté de partir au Tchad et ensuite au Soudan, dans la même région mais de l’autre côté de la frontière. Travailler avec les demandeurs d’asile, soudanais ou autre, en Europe, m’a poussée à vouloir comprendre ce qui se passe.

Etre curieuse ne signifie pas pour autant s’habituer aux situations anormales. 
De quoi est-ce que je parle exactement? Des hommes en armes au marché, des pick-up bondés de jeunes armés jusqu’aux dents qui traversent la ville à toute allure. Et puis nous, qui utilisons ces voitures plus petites que les Fiat 500 pour éviter de nous faire voler les land cruiser ou les pick-up. Il y a aussi ces hommes armés à dos de chameaux. Ils sont majestueux, beaux et fières mais aussi agressifs et sans craintes…. difficile de rester indifférente.

Kebkabyia est une ville où la sécurité est souvent définie en ces termes: ‘’stable mais volatile”. Qu’est-ce que ce discours diplomatique signifie au quotidien?

Et bien, des maisons sont cambriolées tous les jours, de même que les magasins. Tout comme en Europe, me direz-vous, mais ici les vols se font avec le kalachnikov. Les personnes qui se rendent en dehors de la ville pour cultiver ou récolter du bois, souvent des populations déplacées, victimes des conflits des années passées, doivent payer ”un droit de sortie et d’entrée” et sont régulièrement attaquées par des bandits.

Tout le monde a une arme chez lui et est prêt à s’en servir en cas de besoin. Et si on considère qu’il vaut mieux tuer plutôt que de subir la honte, que de se faire voler son portable ou son argent, cela donne alors une idée de la tension qui règne en ville.

Personne n’est épargné, surtout pas les khawajas qui sont souvent synonymes d’argent. Toutes les organisations ont subi au moins un vol. Pour nous, ce fut le Land cruiser, la tentative de cambriolage de la maison et pour nos équipes travaillant en dehors de Kebkabyia, le pillage de leur argent, portable, etc. Heureusement personne n’a été blessé, juste une très grande peur qui s’installe et avec laquelle on cohabite.
Pour l’instant tout se passe la nuit. Dès que le soleil tombe, les tirs commencent et il est parfois difficile de différencier les ”happy shooting” (tirs pour célébrer un mariage ou une naissance) des tirs ”normaux”, tirs de conflits. Les exactions aussi se produisent de nuit, mais qui peut assurer que la situation ne va pas dégénérer et devenir incontrôlable de jour? Personne.

Tous les jours, des villages continuent à souffrir sous les attaques. Les organisations humanitaires éprouvent des difficultés à fournir de l’aide parce que les routes ne sont pas sûres. Les procédures administratives retardent l’arrivée du personnel expatrié et du matériel. Cela se répercute sur les plus vulnérables, les plus affectés  par le conflit. Ceux qui ont dû fuir pour se réfugier ici. Ceux qui n’ont plus accès à la terre pour cultiver et nourrir leurs enfants. Ceux qui n’ont accès aux soins que si MSF est là pour en garantir la gratuité. Ceux qui n’ont plus accès à l’enseignement, ceux qui vivent dans l’attente d’un moment meilleur en disant ”boukra, Insh’allah” (demain si Dieu le veut).

La vie au Darfour, est un mélange de bonheurs et frustrations immenses qui me laissera, j’en suis sure, un souvenir intense et une envie forte de revenir très vite.

Sarah

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C’est la fin

septembre 13th, 2008 by sarah

Il ne me reste que quelques jours avant de quitter le Darfour et en relisant les postes envoyés depuis janvier, je me suis rendue compte que je ne vous aie pas donné une vision complète de ce qu’est une mission ici.

Je nourris un grand intérêt pour les situations géopolitiques complexes, c’est pourquoi j’ai accepté de partir au Tchad et ensuite au Soudan, dans la même région mais de l’autre côté de la frontière. Travailler avec les demandeurs d’asile, soudanais ou autre, en Europe, m’a poussée à vouloir comprendre ce qui se passe.

Etre curieuse ne signifie pas pour autant s’habituer aux situations anormales.

De quoi est-ce que je parle exactement? Des hommes en armes au marché, des pick-up bondés de jeunes armés jusqu’aux dents qui traversent la ville à toute allure. Et puis nous, qui utilisons ces voitures plus petites que les Fiat 500 pour éviter de nous faire voler les land cruiser ou les pick-up. Il y a aussi ces hommes armés à dos de chameaux. Ils sont majestueux, beaux et fières mais aussi agressifs et sans craintes…. difficile de rester indifférente.

Kebkabyia est une ville où la sécurité est souvent définie en ces termes: ‘’stable mais volatile”. Qu’est-ce que ce discours diplomatique signifie au quotidien?

Et bien, des maisons sont cambriolées tous les jours, de même que les magasins. Tout comme en Europe, me direz-vous, mais ici les vols se font avec le kalachnikov. Les personnes qui se rendent en dehors de la ville pour cultiver ou récolter du bois, souvent des populations déplacées, victimes des conflits des années passées, doivent payer ”un droit de sortie et d’entrée” et sont régulièrement attaquées par des bandits.

Tout le monde a une arme chez lui et est prêt à s’en servir en cas de besoin. Et si on considère qu’il vaut mieux tuer plutôt que de subir la honte, que de se faire voler son portable ou son argent, cela donne alors une idée de la tension qui règne en ville.

Personne n’est épargné, surtout pas les khawajas qui sont souvent synonymes d’argent. Toutes les organisations ont subi au moins un vol. Pour nous, ce fut le Land cruiser, la tentative de cambriolage de la maison et pour nos équipes travaillant en dehors de Kebkabyia, le pillage de leur argent, portable, etc. Heureusement personne n’a été blessé, juste une très grande peur qui s’installe et avec laquelle on cohabite.

Pour l’instant tout se passe la nuit. Dès que le soleil tombe, les tirs commencent et il est parfois difficile de différencier les ”happy shooting” (tirs pour célébrer un mariage ou une naissance) des tirs ”normaux”, tirs de conflits. Les exactions aussi se produisent de nuit, mais qui peut assurer que la situation ne va pas dégénérer et devenir incontrôlable de jour? Personne.

Tous les jours, des villages continuent à souffrir sous les attaques. Les organisations humanitaires éprouvent des difficultés à fournir de l’aide parce que les routes ne sont pas sûres. Les procédures administratives retardent l’arrivée du personnel expatrié et du matériel. Cela se répercute sur les plus vulnérables, les plus affectés par le conflit. Ceux qui ont dû fuir pour se réfugier ici. Ceux qui n’ont plus accès à la terre pour cultiver et nourrir leurs enfants. Ceux qui n’ont accès aux soins que si MSF est là pour en garantir la gratuité. Ceux qui n’ont plus accès à l’enseignement, ceux qui vivent dans l’attente d’un moment meilleur en disant ”boukra, Insh’allah” (demain si Dieu le veut).

La vie au Darfour, est un mélange de bonheurs et frustrations immenses qui me laissera, j’en suis sure, un souvenir intense et une envie forte de revenir très vite.

Sarah

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Je me sens bien

août 13th, 2008 by sarah

Salut à tous,

Me revoilà après pas mal de temps sans vous donner de nouvelles .Ici tout va bien, malgré ce que vous pourriez penser je me sens bien au Darfour.

Le cadre est beaucoup plus vivable qu’au Tchad, moins chaud et moins isolé. Kebkabyia est un fait un petite ville point de regroupement de pas mal d’activités dont je passerai les détails, et où l’on trouve de tout, même du Nutella, c’est pour dire!

Le paysage commence à verdire doucement, on a eu une très grosse pluie hier qui marque, je crois, le début de la saison des pluies. Cette année, elle ne sera pas très bonne, elle commence tard et ça aura une influence sur les récoltes qui seront tardives et moindres par rapport à l’année passée. Cela pèsera encore plus lourd sur les familles qui on déjà du mal à se nourrir en temps normal, l’année prochaine sera donc encore plus difficile pour eux. L’aide alimentaire n’arrive pas facilement au Darfour, les camions du programme alimentaire mondial (WFP) sont pillés sur les routes. Donc ils réduisent leur aide et ne donnent plus que 25% de la ration normale, ce qui est très peu.

A part cela ma mission se déroule bien, des hauts et des bas comme dans tout boulot. Ici c’est juste un peu plus difficile à gérer qu’en Europe parce qu’on manque de la liberté de distraction physique et mentale. J’essaie de m’évader en faisant de la gym 2 fois par semaine (on ne rigole pas c’est vrai!!) avec le DVD de Cindy Crawford, ça me fait du bien, je jardine et je lis. Mais en fait on travaille beaucoup, on a un jour et demi de week-end et donc le temps libre est réduit au minimum. Je suis souvent invitée à des mariages ou des célébrations le vendredi et en fait le temps passe trop vite.

Quand je vais à ces mariages, j’ai toujours un pensée pour ma mère. Si elle me voyait assise par terre, en train de manger dans le même plat que 10 autres personne avec mes mains…toute une enfance à me dire : « Ne mange pas avec tes mains ! », « Tiens toi bien à table…. » Tout ça… pour rien ;)

Ici les gens sont vraiment gentils et ouverts. Ils t’invitent chez eux n’importe quand, tu n’as d’ailleurs pas besoin d’invitation, tu passes devant la maison et tu t’arrêtes juste pour prendre le thé et discuter un peu. Ca me fait beaucoup penser à l’Italie du sud ou tu peux arriver n’importe quand chez quelqu’un et être le bienvenu. Ca fait du bien de se sentir accueillie. Je fais donc le tour de mon équipe (je suis en charge de 46 personnes, ça en fait des visites !) et au passage je glane fleurs, plantes, graines, conseils de jardinage et recettes de biscuits…et quand les femmes se font le henné et que je suis dans les parages j’y a droit.

Je vais aussi au marché assez régulièrement et en 6 presque 7 mois de présence, je suis connue. J’arrive à me débrouiller en arabe maintenant et peux parler avec les commerçants et surtout négocier les prix. C’est un vrai jeu auquel, si tu te plies ,tu es accepté dans la communauté, apparemment je suis très forte en négociations.

Ici, dans la maison MSF, nous sommes 6, d’un peu partout en Europe. Nous avons aussi 3 chatons, Polio, Measles et Chicha, le petit dernier arrivé (hier matin, sauvé de jeux stupides des enfants). Je jardine avec Giancarlo, l’admin italien et le garde Mohammed qui est un peu le ” Nicolas le jardinier” soudanais et je cuisine avec Laura la docteur irlandaise, malgré les apparences point de vue gâteaux/biscuits ils ont de bons trucs en Irlande apparemment. Pour le reste ça tourne autour de la patate, très léger avec 40 degrés constament…;). Il y a une bonne ambiance et on est un peu comme une famille.

Je vous embrasse fort

Sarah

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Vendredi de folie !

août 1st, 2008 by sarah

Le vendredi est le seul jour de repos que nous avons et d’habitude j’ en profite pour me reposer. Je me lève tranquillement, prépare un petit déjeuner avec pan cakes ou autres douceurs et évite de planifier ma journée, je me laisse porter par la paresse.

Il y a environ 15 jours, j’ ai été invitée au mariage d’une de mes home visitors. La première qui se marie depuis que je suis arrivée, je devais être présente. D’habitude les mariages où l’ on est invité, sont toujours un peu redondants. On place les “kawaji” en position centrale,  (if they give you this central place, it is rather an honour!), on mange et comme on doit rentrer avant le couvre-feu, il est rare que l’on prenne part  à la fête avec danses et musique.

Ce vendredi s’annonçait occupé vu que c’était aussi le jour de la mise en place du nouveau dispensaire et que j’avais prévu d’ aller jardiner pour embellir la nouvelle construction. Je devais aussi passer par Suk Janub, dire bonjour à Athnan (voir post précédent) et voir s’il faisait des progrès. On devait lui préparer une sorte d’atèle en plâtre pour la nuit, pour permettre à sa jambe et à son bras de se remettre dans l’axe plus rapidement.

Lever 9 heures: pas le temps de cuisiner comme il se doit pour le p’tit déj’, douche et préparation pour le mariage: on évite le pantalon décoloré et le T-Shirt MSF, au Darfour, comme partout ailleurs, les gens aussi s’habillent pour les mariages!

10h : Laura, Anne (la nouvelle sage-femme) et moi partons pour Suk Janub. Toutes pomponnées, on est accueillie par Athnan avec un énorme sourire et un “Salaam Sarah” qui m’émeut à chaque fois. On commence notre travail de plâtrier et Athnan; consentant s’endort alors que ce qu’on lui impose doit être tout sauf agréable. Il a fait d’énormes progrès mais n’est toujours pas capable de marcher. Son père s’occupe de lui de façon incroyable, il le dorlote, le soutient et lui donne de l’affection comme il est rare de voir d’un père pour son fil, au Soudan.

Une fois les plâtres faits et les instructions données, nous voilà en route pour le mariage, avec environ 1h30 de retard.

Quand on arrive, les invités de 11h sont déjà partis mais on est tout de même accueillie avec liesse. Hannan, ma home visitor, m’attendait. Elle voulait que je l’aide à se préparer. Du plâtre au maquillage, il n’y a qu’un pas. Elle avait trouvé une robe de mariée style européen et un postiche pour pouvoir se faire un chignon sous le voile. Après une heure de travail, la voilà transformée en jolie poupée prête pour la cérémonie.  Le seul hic : il n’y a pas de cérémonie avant 20 heures. Entre temps , elle va rester là assise toute l’après-midi pour recevoir la belle-famille venue lui présenter ses félicitations. Vers 17h, il y aura le cortège de la mariée, famille et amies (femmes exclusivement) qui se rendra chez le marié pour faire la fête et ensuite le ramener dans son nouveau foyer auprès de sa promise.

J’ai donc deux heures devant moi pour aller jardiner et décorer le nouveau dispensaire. 100 pots de fleurs à préparer et le ”mur végétal” de séparation homme/femme dans la zone d’attente. Sans oublier les décorations et jeux pour le centre nutritionnel. Quelques home visitors sont venus me prêter main forte pour mettre tout en place et je crois que nous avons fait du beau travail, il faut juste espérer que les plantes seront arrosées régulièrement!

Jardinage achevé me voilà repartie pour la seconde partie du mariage: le cortège. Tout  le monde était prêt devant la porte de la mariée; on attendait encore quelques amies puis on s’est mis route vers la demeure du marié au rythme des chants traditionnels et du djembé; les offrandes pour le marié et l’encens sur un plateau en tête. Les mariages sont comme en Europe, l’occasion de rencontres. Les jeunes filles de notre cortège portaient de très beaux “taubs” (sorte de sari traditionnel) transparents sous lesquels on pouvait voir des jupes longues près du corps et de petits hauts sexy… Perchées sur des sandales à talon, elles déambulent en tête du cortège laissant un nuage de parfum derrière elles: les rites de séduction sont partout les mêmes. En chemin on croisa le cortège du marié, se créa alors un méli-mélo de chants, de cris, de parfums, difficile de maintenir le cap.

Puis nous voilà enfin arrivés chez le marié. Sous la tente, montée pour l’occasion, que des jeunes hommes, la musique à fond et les youyous des femmes de notre groupe. Une des coutumes est qu’une des jeunes filles doit attacher un brin de feuille en bracelet autour du poignet de chaque jeune homme à marier. Une fois tous les passages traditionnels achevés; ont commencé les danses et chants. Pour nous, juste le temps pour un avant-goût de ce qu’allait être la fête… il nous faut respecter le couvre-feu.

Ce fût une très belle journée et pour une fois je ne me suis pas sentie “Kawaja” mais une personne du groupe, sensation agréable qui me fait comprendre que les distances ne sont pas si difficiles à réduire, il faut juste prendre le temps d’être avec les gens, se donner pour pouvoir recevoir.

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Qu’ais-je fait?

juillet 30th, 2008 by sarah

Voilà très longtemps que je vous ai écrit pour la dernière fois, cependant j’ai l’impression que seulement quelques jours sont passé depuis le 15 mai.

Qu’ais-je fait? Je suis allée et venue deux fois a Sherif Umra. Un des deux autres projets que MSF gère dans le nord Darfour.

Sherif Umra est située plus près de la frontière tchadienne. MSF a en charge le seul point de santé de la région. Un centre de santé pour les soins de santé primaire et un petit hôpital où l’on prend en charge les enfants sévèrement mal nourris et les pathologies plus simples. Les patients en attente d’être transférés pour recevoir les soins chirurgicaux  d’urgence (césarienne, blessés par balle, appendicite, etc.) sont gardés en observation. Pour l’instant, ces  patients sont envoyés sur  El Genina ou Zalingei: 7 heures de routes, de plus en plus impraticables, à cause de la saison des pluies. Pour remédier à cela, MSF est en train de construire un bloc opératoire pour que les interventions mineures puissent être pratiquées sur place.

Je suis allée en visite à Sherif Umra pour faire un état de lieux des activités en information, éducation et communication et remettre de l’ordre dans cette partie du projet. Ce n’est pas toujours évident et souvent frustrant car le processus est strictement lié à l’administration soudanaise qui est assez lourde. J’ai néanmoins pu voir un autre projet, un environnement différent et c’est toujours intéressant.

L’atmosphère de Sherif Umra est totalement différente de Kebkabyia. Beaucoup plus rurale, plus aride et désertique. Les situations des familles déplacées, que j’ai rencontrées sont beaucoup plus extrêmes que celles des déplacés établis a Kebkabyia. Les plus “aisés” vivent dans des maisons faites de terre et de paille; les autres sont entassés dans des cabanes en paille que les enfants européens utiliseraient pour leurs jeux d’été à la campagne. La saison des pluies est une aubaine car elle permet de cultiver et d’assurer une part des réserves alimentaires pour l’année à venir, mais c’est aussi un drame vu la précarité des abris.

L’atmosphère est beaucoup plus lourde: différentes tribus cohabitent dans un pacifisme instable. Il y a beaucoup d’hommes en armes et de véhicules lourdement équipés, au marché et en ville. Chaque mardi et samedi, les populations arabes sur leurs chameaux et chevaux majestueux, viennent des villages alentours pour faire commerce au marché, les femmes en  profitent pour venir au dispensaire  pour suivre leur grossesse ou recevoir la ration pour leurs enfants mal nourris. Devant le dispensaire, s’improvise alors un parking de transports animaliers; chaque espèce à  sa zone réservée.

Le marché est moins grand, moins détendu que celui de Kebkabyia. On sent que le conflit a profondément marqué les esprits et reste encore latent.

Je suis restée deux fois une semaine dans le projet, j’ai essayé de mettre un système de référence des enfants mal nourris en place. Je vais retourner à Sherif Umra, début septembre, pour voir si les activités mises en place on eu un impact positif.

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