Redonner un peu d’espoir aux enfants de Faradje
Pendant nos activités à Faradje, nous avons eu à soigner des enfants victimes d’enlèvement par les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA). Ces enfants se sont soit enfuis, soit ont été libérés et arrivent souvent exténués à Faradje où nous les prenons en charge. Depuis quelques mois, nous avons installés des lits dans un des dortoirs où nous vivons afin de loger ces enfants âgés entre 8 et 18 ans. Nous les suivons quotidiennement médicalement mais aussi psychologiquement. Des jeux récréatifs et d’autres activités sont organisés. Les enfants espèrent que leurs parents viennent les rechercher à Faradje et grâce à la solidarité locale, la plupart a retrouvé au moins un membre de sa famille. Depuis le début du mois de mai, ce sont plus de 100 enfants que nous avons accueillis et aujourd’hui seul cinq sont encore parmi nous. MSF ne s’occupe pas habituellement du regroupement familial mais face au manque d’autres acteurs sur place, nous avons décidé de relever le défi.
Parmi ces enfants, il y avait des adolescentes qui ont servi comme esclaves sexuelles durant plus de 5 mois, pour certaines en brousse.
Une jeune fille, âgée de 15 ans, a été enlevée le 25 décembre lors de l’attaque sur Faradje. Ce jour de Noël devait être un jour de joie rappelant la naissance du Christ mais ce fut le jour le plus long et noir et le début d’une vie de calvaire pour cette adolescente.
Elle a été prise au milieu du village et amenée de force dans la brousse. Elle devait accompagner ces combattants partout. L’un d’eux a fait d’elle son esclave sexuelle. Chaque jour il fallait se déplacer d’un endroit à l’autre. Elle endurera ces peines pendant 5 mois jusqu’à sa fuite.
A l’hôpital, nous l’avons soignée et un suivi de santé mentale a été assuré par notre psychologue.
Quand elle a retrouvé sa famille, personne ne croyait la revoir vivante. Les pleurs se mélangeaient aux rires et l’émotion était grande. Elle s’est remise à sourire quelques jours plus tard, chose qu’elle n’avait plus faite depuis des longs moments.
La population locale apprend à connaître MSF et notre présence leur est d’un grand réconfort. Nous faisons en sorte de redonner un peu d’espoir à ces enfants qui ont connu le pire.
Dr Jéhu Moleko, médecin PUC à Faradje, district de Haut-Uélé, province Orientale.
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